Le défi d’En ville sans ma voiture
13 septembre 2012Il y a dix ans presque jour pour jour, l’Agence métropolitaine de transport (AMT) faisait le pari de se joindre à la poignée de villes européennes qui organisaient déjà depuis quelques années la journée En ville sans ma voiture. En dix ans, s’il est une chose dont l’AMT et ses partenaires peuvent se féliciter, c’est d’avoir rejoint chaque année un nombre grandissant de gens, participant ainsi activement à la sensibilisation aux transports alternatifs et à l’augmentation de l’achalandage des divers réseaux de transport collectif desservant la grande région métropolitaine.
On se souvient qu’en 2003, malgré l’opposition des élus, des commerçants et des propriétaires de stationnement du centre-ville, l’événement avait été un grand succès, permettant au public de profiter pour la première fois d’un périmètre entièrement piétonnier en plein cœur de la ville. Depuis, ce rendez-vous annuel est devenu un incontournable de l’automne montréalais et nous en sommes fiers. En 2010, fort de sept éditions couronnées de succès, l’événement est même devenu En ville sans ma voiture toute la semaine !, à l’image de la semaine de la mobilité européenne. Le but était simple : renforcer la présence d’un événement revendicateur rejoignant toujours plus de gens.
L’organisation d’un événement comme En ville sans ma voiture ne peut cependant pas se faire sans déranger quelques habitudes bien ancrées dans le quotidien des Montréalais, des commerçants et des instances publiques. Ainsi, année après année, l’AMT a eu la difficile tâche de revoir le concept de l’événement dans une volonté constante d’en augmenter la portée (étendue du périmètre fermé à la circulation, durée de l’événement, nombre d’activités, gratuité, etc.), tout en jonglant avec les sensibilités du public, des commerçants et les restrictions imposées par la circulation chaotique du mois de septembre à Montréal.
Depuis que cette journée existe, elle est accompagnée de son lot de détracteurs qui ne se privent pas de dire que l’AMT n’en fait pas assez, que l’événement s’essouffle ou qu’il n’a plus raison d’être si ce n’est que pour faire plaisir à quelques piétons une fois par année. Les discussions générées par les diverses tables rondes de médias et d’experts organisées l’an dernier ont d’ailleurs fortement appuyé ces critiques, mais ont aussi permis de soulever un point qui passe inaperçu chaque année. L’événement et son étendue ne sont pas du ressort unique de l’AMT et, trop souvent, on semble oublier que même si toute la volonté pour qu’En ville sans ma voiture grandisse y est, plusieurs obstacles se dressent devant elle. Inévitablement, l’organisme finit par porter sur son dos un blâme qui ne devrait pas être que le sien.
Cela dit, l’AMT est toujours à l’écoute de la critique et surtout ouverte aux suggestions qui l’accompagnent, tentant de son mieux d’intégrer les bonnes idées et les commentaires constructifs dont l’événement fait l’objet. Cette année, nous avons choisi de faire un bilan de l’évolution des transports alternatifs en dix ans, mais surtout de poser un regard sur l’avenir des transports actifs et collectifs dans la région métropolitaine. Après dix ans de sensibilisation, nous avons voulu faire évoluer En ville sans ma voiture vers une participation citoyenne différente. Ce sera plus que jamais le moment pour tous de faire valoir des idées inédites et novatrices et l’AMT espère fortement que les plus critiques soient au rendez-vous.
Le forum qui aura lieu le 21 septembre au Vieux-Port sera sans doute l’occasion d’explorer une fois pour toutes une question qui revient à l’AMT depuis dix ans. Si des villes comme Londres, Santiago du Chili ou des centaines d’autres parviennent à transformer sans encombre et avec l’appui populaire leur centre-ville en zones piétonnes plusieurs jours par an, pourquoi Montréal fait face à tant d’obstacles lorsque vient le temps d’organiser une seule journée sans voiture ? Je pose la question.
Un commentaire sur Le défi d’En ville sans ma voiture
Bonjour Monsieur Côté,
D’abord merci pour cette lettre, surtout qu’elle me donne l’opportunité de faire passer ce qui suit. Sans cette lettre, je n’aurais pas su à qui m’adresser.
Lorsque vous posez la question du pourquoi ça marche bien à Londres, Santiago de Chili (sans oublier la centaine d’autres), la réponse qui me vient en tête, et je ne suis pas le seul à qui ça arrive, est que l’AMT a baissé l’échine. Cela étant dit, deux autres questions surgissent : pourquoi ? et « pis après ? ».
Le pourquoi-l’AMT-a-baissé-l’échine est une question à laquelle je ne peux répondre, sauf si le coeur m’en dit de spéculer. Le « pis-après » appelle à spéculer sur le futur et dans ce cas, le coeur y est. Il semble, à mon avis, que l’AMT, tranquillement pas vite, va finir par se désister de l’événement pour le laisser à des groupes de citoyens qui se sont lancés dans son sillage. C’est bien, c’est à la mode, l’appropriation du domaine public par le citoyen.
Si on passe outre au sarcasme, on doit reconnaitre qu’il y a de sérieux problèmes de logistiques et que les groupes citoyens n’ont pas cette rigidité (tant décriée mais quand même nécessaire – une question de dosage) qui permet à l’AMT d’organiser et de soutenir un pareil événement. L’AMT a aussi une autorité et une expertise que les groupes citoyens n’ont pas et n’auront probablement pas avant un certain temps et ce, s’ils ont été capable de fournir le certain effort nécessaire…
Les protestations des commerçants, des élus, des instances publics et autres « détracteurs » n’ont pas le même effet sur l’entreprise de ce genre projet qu’il soit piloté par une organisation institutionnelle, qui offre un service on-ne-peut-plus-qu’utile à la société et ce, sur d’innombrables aspect, que par une obscure organisation de citoyens dont le nombre varie avec les saisons et qu’on a de la difficulté à y reconnaitre l’interlocuteur désigné. D’autant plus qu’on doit composer avec l’argument groupe-d’intérêt-particulier lequel est dur à contrer. Pendant qu’on y répond (il faut y répondre puisque cet argument a pour effet de diminuer notre poids dans le dialogue), on n’a pas le temps de faire le dit-événement. Bien sur, ces groupes pourraient s’unir et le poids accru contrerait +/- adéquatement l’argument. Mais voilà, on ne se connait pas.
Alors, la perspective que j’apporte est que le geste de l’AMT est prématuré si cette dernière veut que l’événement survive parce que la relève, cette relève, n’est pas prête. Pour moi, c’est l’enjeu central.
Mais bien sur, cela reste de la spéculation. Comment pourrait-il en être autrement ? Je ne suis pas pourvu du don de connaître l’avenir. Bref, aussi intéressant que ce scénario proposé puisse l’être, il y a quelque chose qui en ressort et qui est significatif : à la question que vous posez, personne ne peut y répondre si vous ne présentez pas les éléments avec lesquels vous avez tenté d’y répondre vous-même. Car, c’est vous qui avez connaissance de tous les tenants et aboutissants.
Je vous remercie encore un coup de m’avoir permis de vous lire. Bonne journée.
Thierry Martin